Ruslan Pimenov constitua l'une des surprises du mercato d'hiver. Il faut dire qu'ici, en France, peu de supporters avaient ne serait-ce qu'entendu prononcer son nom. Et pourtant, le jeune attaquant russe du Lokomotiv Moscou est un international qui jouit d'une popularité certaine dans son pays. Et après seulement deux matches sous les couleurs du FC Metz, le nom de Pimenov chatouille déjà davantage les oreilles des spécialistes français. Même Jérémy Janot, au soir de la rencontre à Geoffroy-Guichard, avait loué les qualités de ce « nouveau Russe » dont il ne connaissait pas encore le nom, mais qu'il avait déjà identifié comme un attaquant de talent. Lorsqu'on lui conte l'anecdote, l'intéressé répond modestement mais non sans humour : « Bien sûr qu'il m'a trouvé bon, je n'ai pas marqué contre lui ! ».
Modeste, Ruslan Pimenov l'est sans aucun doute. Son visage enfantin cache pourtant une carrière déjà bien remplie de titres et de jours glorieux. Formé au Torpedo Moscou où il entra à six ans, il réussit en effet rapidement à intégrer les rangs du prestigieux Lokomotiv : « J'ai été remarqué par le Lokomotiv vers l'âge de seize ans, une grande équipe aux ambitions élevées. J'y ai passé près de six années au cours desquelles j'ai remporté plusieurs championnats et coupes de Russie. » Sans compter que la ligne la plus brillante de son palmarès reste sûrement d'avoir participé à la célèbre Ligue des Champions : « Grâce à elle, j'ai pu jouer contre le Real Madrid », déclare-t-il, presque blasé. A vingt-trois ans, voilà bien de quoi faire rêver beaucoup de jeunes espoirs...
Avec un tel curriculum vitae, il ne serait même pas injuriant de se demander ce qui a poussé le Moscovite à venir ici, au FC Metz. Mais de la Ligue des Champions au maintien, il n'y a donc qu'un pas, que Ruslan n'a pas hésité une seconde à franchir. « Cet hiver, ma direction m'a proposé d'être prêté en France, à Metz, et j'ai tout de suite accepté. Il faut dire que j'avais envie de changer d'air et de découvrir les championnats européens. S'il faut pour cela renoncer à la Ligue des Champions, je le fais sans problème » confie Pimenov. Une soif de découvertes qui n'est pas sans rapport avec les conditions difficiles du championnat russe : « Là-bas, l'entraîneur est la personne centrale de l'équipe, un peu comme un dictateur. Il y a un gros fossé entre l'entraîneur qui décide tout et les joueurs qui n'ont pas leur mot à dire. Ici, en France, je me suis rendu compte que les joueurs peuvent discuter avec l'entraîneur au sujet du match, de l'équipe. En Russie c'est impossible. Et puis, les entraînements sont très stricts : si on a une rencontre à disputer le samedi, toute l'équipe est en isolement dès le jeudi, loin de la ville avec interdiction de voir sa famille ou son épouse. Du coup, les joueurs n'ont qu'une hâte : en finir avec le match pour pouvoir retrouver leurs proches », regrette celui qu'on surnomme déjà « Pim », et à qui l'atmosphère du football français convient mieux. « J'estime qu'on ne joue pas mieux simplement parce qu'on n'a pas vu sa copine depuis des jours. Au contraire. En France, l'attitude des entraîneurs montre qu'ils ont plus confiance en leurs joueurs. J'espère que cela va changer en Russie, même si apparemment cela prendra du temps. »
Ruslan paraît donc tout heureux d'être arrivé sur les bords de la Moselle. Et si ses débuts sous le maillot grenat se sont faits attendre, des problèmes administratifs se conjuguant à un certain manque de forme physique, tout cela est déjà oublié et ne vient en aucune manière faire poindre une quelconque ombre au tableau de son aventure messine. « Je n'ai jamais douté, parce que je n'avais aucune pression psychique ou morale. J'observais, je m'entraînais et j'étais sûr qu'un jour ou l'autre on me prendrait dans le groupe. Vous savez, j'ai laissé tous mes nerfs en Russie. » Aujourd'hui, Ruslan se dit donc volontiers « assez content d'avoir joué deux matches ». Mais parce qu'il est naturellement perfectionniste, il a hâte d'en disputer encore d'autres. Afin de « défendre les joueurs slaves et montrer qu'ils ne sont pas tous de mauvais footballeurs. Je suis slave et j'en suis fier. » Assurément, Pimenov est un atout de poids pour cette cause, tant il a montré en l'espace de cent quatre-vingt minutes des qualités techniques d'un niveau élevé et largement appréciables en ces temps de lutte pour le maintien.
Parfaitement intégré en Lorraine malgré une faible population russophone (« Si la Russie me manque, j'ai un téléphone ! »), Ruslan Pimenov avoue sans détour qu'il désirerait bien prolonger son épisode messin : « Je voudrais rester à Metz. Cependant, je suis encore sous contrat pour un an et demi au Lokomotiv Moscou. Je suis donc obligé de rentrer cet été là-bas. Après, j'aimerais revenir ici mais cela ne dépend pas de moi mais de mes dirigeants. » Même sa fiancée s'est acclimatée à sa nouvelle région et ne voudrait plus repartir... Aucun doute, Ruslan sait parler au c½ur des supporters messins, pour peu qu'on lui offre une traductrice !
Traduction : Luba Panel